Changeons Changeux!

Publié le par EDG-E

Bon alors…

 

Mercredi soir (le 5 octobre) j’ai été avec des amis à la conférence de Mr Changeux qui nous a fait l’immense honneur de venir jusqu’à Nancy pour vanter son laboratoire.

 

Non, si je commence ça comme mon texte va mal finir…

 

Reprenons : donc, Mr Changeux qui nous a fait l’immense bonheur de venir jusqu’à Nancy partager son savoir…

 

Voilà, c’est mieux.

 

 

De peur que les places soient prises d’assaut par nos concitoyens affamés de culture scientifique, j’avais fixé rendez-vous à mes amis 1h avant le début de la conférence devant la salle. 

19h. Nous nous retrouvons donc devant l’entrée. Voyant que personne n’était encore là, nous sommes restés quelques minutes dehors à discuter tous les quatre. Je cois que ce fut le moment le plus intéressant de la soirée.

19h20. Nous nous décidons à rentrer

 

19h30. Nous voilà installés dans nos confortables strapontins à attendre que débute cette magistrale conférence, normalement prévue à 20h, mais qui n’a commencée qu’un peut plus tard. Peut-être qu’ils attendaient les auditeurs…? En tous cas ils ne sont pas venus.

 

“C’était bien la peine qu’on vienne si tôt! ” m’a fait remarqué Adeline.

 

Désolée… Je pensais sincèrement que Mr le professeur Changeux était aussi populaire et intéressant qu’il ne le laissait entendre.

 

20h10. Mr Changeux arrive sur scène. Il s’assoit derrière son ordinateur et attend patiemment que son éloge récitée non sans quelques bégayements et hésitations par le modérateur, soit terminée.

 

Là je ne tiens plus, je me réjouissais tellement de cette conférence, je n’ai qu’une hâte : qu’il rentre dans le vif du sujet!

 

Il a commencé par nous présenter le déroulement de ses conférences, énumérant les différents points qu’il allait aborder. Les titres qu’il avait choisi était des plus alléchant! On y parlait de conscience de soi, de conscience de l’autre et de bien d’autres concepts phares chers aux neurosciences du 3ème millénaire : un exposé à la pointe de son temps!

 

Ces titres m’avaient vraiment mis l’eau à la bouche, et j’étais là, dressée sur mon siège, retenant mon souffle pour ne pas risquer de perdre la moindre information… Puis, petit à petit, les diapo passaient, les unes après les autres, et je déclinais progressivement, m’affalant de plus en plus sur mon siège. Ma tête s’inclinait au fur et à mesure que s’accumulaient les petites phrases écrites en rouges en bas de chaque diapo nous disant à chaque fois de manière différente “vous voyez, le cerveau n’est rien d’autre qu’un tas de cellules, elles mêmes un tas de molécules, et finalement, qu’un tas d’atomes! Seule la neurobiologie a sa place dans les neurosciences!”…

 

Au début je n’y prêtais pas vraiment attention à ces petites sentences dignes d’une campagne de propagande ! Puis à force de répétition, le rouge, le ton nerveux du professeur appuyant des paroles telles que “des philosophes, yen a que peut qui ont assimilé ça et sont arrivés à ce stade”… j’ai très vite compris que cet exposé n’était pas un panorama de l’état des neurosciences mais un plaidoyer en faveur de la neurobiologie. Mr Changeux a passé la soirée à s’acharner à nous vanter sa formidable modernité à coup d’arguments matéralisto-réductionistes (rappelons tout de même que le réductionisme est apparu avec Descartes…), parsemés de pubs pour son laboratoire et ses travaux, allant même jusqu’à s’approprier des découvertes qui furent faites quelques décennies plus tôt par des laboratoires américains…

 

Bref… Décevant! Je le savais physicaliste, mais à ce point….!?

 

 

Puis aprés cette brillante intervention d’une heure et demie vint le moment des questions et réactions du public (eux appellent ça un débat… peut être que je devrais réviser ma définition de ce mot alors…).

 

Première question :

“Bonsoir Mr Changeux, je voulais savoir, j’ai entendu dire que l’on avait des neurones dans l’intestin et autour du coeur, alors ma question est : où se situe vraiment le cerveau?”

Ce à quoi répondit le professeur “oui, c’est vrai, on a bien des neurones à ces niveaux de notre organisme, mais ils sont sources de sensations inconscientes… Mais note cerveau est bel et bien dans notre boîte crânienne. Je vous remercie d’avoir posé cette question qui n’est pas du tout idiote”. Hmm… Mouais… Voyons voir la deuxième

“Bonsoir, voilà, je voulais savoir comment sait-on que les animaux n’ont pas de conscience?”

Ah! Déjà plus intéressant comme question!

“Alors, il y a de nombreuses expériences qui ont été faites chez les singes notamment, et elles ont montré que ceux-ci pouvaient ressentir ce que ressentait un autre être vivant qu’il voyait effectuer une action, qu’il pouvait se mettre à sa place en quelque sorte. Mais au delà de ça, non on n’a pas pu montrer une conscience aussi développée que chez l’être humain (sans blagues!) d’ailleurs, si vous vous rappelez les diapo que je vous ai projetées comparant le cerveau d’un chimpanzé à celui d’un homme, on voit bien la différence au niveau du lobe pré frontal!”

 

Oh la belle réponse! Mais les éléphants, hein, les éléphants, vous nous avez pas montrer leur cerveau, alors on pourrait croire que eux ils ont un gros cerveau comme ils ont une grosse tête! D’ailleurs une concitoyenne avisée a soulevé le problème :

“Bonsoir, j’ai entendu dire que les éléphants avaient conscience de la mort, et amenaient des branchages là où un de leurs proches était décédé. Je voudrais savoir ce que vous en pensez?”

“Ah vous savez, ça c’est ce qu’on appelle des anecdotes, des cas isolés. Je n’ai aucune raison de douter de la bonne foi de ceux qui disent cela, mais rien n’a été prouvé. Question suivante?”

ok… Donc une observation (quand même célèbre et répétée plusieurs fois) ne vaut rien, mais une zone censée représenter une aire du cerveau qui s’allume sur un ordinateur reliée à une IRM et ça y est, la conscience est expliquée!

Mais calmons nous, attendons les autres questions…

“Bonsoir, je voudrais savoir comment à partir de réseaux de neurones constitués de neurones tous similaires, on peut avoir des aires ayant des fonctions trés différentes?”

“ah! trés bonne question. Alors, en fait, c’et un peu ce que je vous ai dit, quand je vous ai projeté le cerveau, vous avez vu différentes aires, différents lobes. Et la différence entre l’homme et le singe c’est le développement du lobe frontal, et plus particulièrement de sa partie pré frontale. Là pendant le développement du cerveau, il y a formation de plusieurs aires qui ont des fonctions propres.”

Ouh la la! Que c’est bien dit! Mais quelle était la question? C’était pas la première fois que Mr Changeux répondait à côté, quand il ne coupait pas la question pour déjà y répondre sans en avoir entendu la totalité.

Je crois que je vais arrêter la description ici. Ca devient lourd et je pense que vous avez bien compris maintenant. Au delà de ma profonde déception (il y a peu, JP Changeux était un modèle) c’est une question plus générale que j’aimerais soulever sur la science.

Il me semble que la question de la conscience abrite bien des problèmes insolubles aux partisans du réductionnisme. Ils n’arrivent pas à tracer une ligne continue allant du neurone à la pensée. La question des qualia reste insoluble, et derrière elle c’est la conscience en entier qui ne peut être expliquée. Comment à partir d’un nombre fini de neurone (aussi grand soit il) peut on faire naître cette unité qui parait à la fois infinie et insécable?

Et qu’est ce que l’IRMf peut-elle bien nous apporter? Voir que quand on pense des neurones sont activés? Mais qui en doutait? Cela ne prouve rien et surtout n’explique rien. S’il est vrai que les fonctions cognitives peuvent être systématisées et visualisées à l’IRMf, cela ne montre pas qu’elles ne découlent QUE de l’activation d’assemblées cellulaires. Et puis une fois qu’on sait ça, à quoi bon répéter l’examen?La technique, masque de notre ignorance, voilà un bon titre pour votre prochain best seller Mr Changeux!

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